Dans nos sociétés marchandes qui transforment les choses en produits, les individus en agents et les relations sociales en protocoles, seul compte le profit, moteur des multinationales financières, industrielles ou communicantes qui régissent le devenir de nos « démocraties ». À ce titre, même s’ils prétendent le contraire, les États se portent seuls garants de la pérennité de ces organisations en formatant les individus à travers les Appareils Médiatiques. Ces derniers n’ayant d’autre fonction que d’inciter, par le biais de techniques de manipulation diverses, à acheter et consommer toujours plus, contribuant ainsi à alimenter la production et à conforter ses bénéfices…

Cependant, pour qu’il n’y ait point de fin à ce désir d’appropriation et d’accumulation de biens, il faut que chaque consommateur prenne plaisir à les afficher ostensiblement et à en changer constamment. Voilà pourquoi, les idéologies dominantes néo-libérales lui inculquent, par le biais des Appareils Formateurs, la conviction que le bonheur se confond de nos jours avec la réussite professionnelle et sociale, elle-même mesurée au prorata des richesses acquises et exposées. Et c’est ainsi qu’à travers cette aliénation, le mode de production perdure, les pouvoirs en place demeurent et les inégalités s’accroissent…

Mais, à devoir s’exhiber de la sorte pour avoir le sentiment d’être, il s’ensuit que la société de consommation s’est transformée en une société du spectacle où la mise en scène de nos moindres faits et gestes — d’une personne lambda à l’homme politique, en passant par le capitaine d’industrie ou l’artiste — constitue désormais une de nos raisons d’être. Au point qu’à travers les réseaux sociaux et les médias, il est devenu flatteur de faire étalage de son intimité comme de son train de vie, entraînant une confusion totale entre les sphères « privé » et « public ». Néanmoins, c’est au prix de cette médiatisation outrancière que chacun contribue à la circulation des biens et à leur renouvellement, faisant du voyeurisme une de nos activités principales et un des facteurs nécessaires à la pérennisation du système.

Au cours de ces dernières décennies, les citoyens ont cependant pris conscience que cet exhibitionnisme, loin de contribuer au dévoilement de la vérité « toute nue », allait de pair avec une théâtralisation de nos actes, génératrice de faux-semblants savamment entretenus qui — loin de dévoiler les hommes ainsi exposés tels qu’ils sont — ne faisaient qu’en donner une représentation fallacieuse et tronquée ! Prise de conscience renforcée, il est vrai, par la divulgation de scandales révélant que, derrière les prises de paroles « vertueuses » des élites, se cachaient en fait des pratiques occultes qui masquaient des agissements illégaux. Voilà pourquoi une exigence de plus en plus forte d’authenticité dans la communication et dans l’action apparaît aujourd’hui.

À constater que les joutes médiatiques n’ont d’autre finalité que de dissimuler l’existence de secrets qui conditionnent le « bon » fonctionnement de nos sociétés, on peut donc s’interroger pour savoir s’il est tout à la fois souhaitable et possible de mettre un terme à cette opacité organisée qui règne dans nos institutions. Tels sont les enjeux que pose la problématique de la transparence.

Philippe Parrot

Pouvoir et transparence

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fichier pdf Structures économique et culturelle de la société

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