Gracieux solitaire qui glissait sur l’eau avec élégance et célérité, il avait agrémenté, durant tout l’été, nos promenades le long du canal de la Marne. Bien souvent, avant même que nous soyons à sa hauteur — la plupart du temps près des péniches à quai —, il virait de bord pour venir à notre rencontre, en quête de la nourriture que nous lui apportions. Agitant vivement l’arrière-train pour manifester son contentement, il rejoignait vite la berge où nous nous trouvions. Nous lui lancions alors des quignons de pain et dès que je m’approchais de la rive, il n’hésitait pas à venir les prendre dans le creux de ma main. Ainsi, faisait-il partie du paysage, heureux que nous étions de le croiser chaque après-midi.

Hélas, lundi 30 octobre, nous avons vite remarqué une masse blanchâtre flotter entre les roseaux. C’était lui. Le corps déjà un peu gonflé, ses plumes jadis d’un blanc lumineux maintenant d’un gris pisseux, la tête sous l’eau, le cou flasque… Mort de vieillesse, de maladie ou victime d’individus malveillants ? Nous ne le saurons jamais.

Fantôme désormais fiché dans mon esprit, je ne cesserai pourtant pas de le voir à chacune de nos sorties, tant la grâce de cet oiseau m’avait toujours enchanté, à cette heure empêtré dans la boue…

Philippe Parrot

304 - mort du cygne

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fichier pdf P 304 – Mort du cygne

Poème écrit par Philippe Parrot

Entre le 7 et le 8 novembre 2017

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