Comme chaque matin, leur train de banlieue respectif s’engageait, en même temps, de part et d’autre du quai 13. Aussitôt à l’arrêt, les portières à peine ouvertes, voilà que le flux des travailleurs, pressés et stressés, se répandait sur l’asphalte, vague humaine qui déferlait vers les bouches de métro. Quant à eux, seules comptaient leurs retrouvailles…

Loin de suivre la marée d’anonymes, submergés par elle, ils allaient en effet à contre-courant, luttant contre ce flot hostile qui les éloignait. Donnant du coude et de la voix, ils se frayaient laborieusement un chemin pour se retrouver sous un auvent, à l’écart, où ils pouvaient se poser un instant et se regarder, se parler, se toucher, s’embrasser, émerveillés par la puissance de ce lien qui les avait obscurément poussés l’un vers l’autre sans qu’ils puissent l’expliquer.

Puis, quelques minutes plus tard, l’endroit désert, leurs obligations prégnantes, rassasiés de câlins et de promesses, ils se prendraient par la main et, en silence, rejoindraient la Salle des Pas Perdus avant de se quitter jusqu’au soir.

Philippe Parrot

336 - Baisers volés en gare

Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com ( auteur : Babienochka )

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fichier pdf P 336 – Baisers volés en gare

Poème écrit par Philippe Parrot

Le 21 juin 2018.

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