« Mégastructure numérique » : nature, fonctionnement et conséquences

En ce début du 21ème siècle, indépendamment de l’Infrastructure Économique qui renvoie à la spécificité du Mode de Production de nos sociétés, toutes ralliées aujourd’hui, bon gré mal gré, au capitalisme ; indépendamment de la Superstructure Politique qui renvoie aux modalités de fonctionnement des États (démocratie, dictature, oligarchie, etc), une nouvelle strate organisationnelle, la Mégastructure Numérique, a émergé et imposé sa domination à l’ensemble de la planète. (voir schéma présenté ci-dessous)

Par nature transnationale. tant dans la production de ses « applications » que dans leur commercialisation, contrairement à l’Infrastructure Économique et à la Superstructure Politique, inscrites toutes deux dans le cadre d’un territoire, la Mégastructure Numérique est constituée d’Entités Supranationales (Google, Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, etc) qui essaiment une multitude de bases à travers le globe, exerçant leurs activités sur un marché exclusivement mondial. Dans cette optique, adoptant des stratégies économique, commerciale et sociale de nature transversales qui contournent les législations des États, elles ont réussi à investir, dès la fin du 20ème siècle, l’Infrastructure Économique et la Superstructure Politique de tous les pays au point d’être aujourd’hui absolument nécessaires au bon fonctionnement de ces deux instances, au point d’être aujourd’hui absolument déterminantes dans l’évolution des modes de vie et de pensée des hommes.

Mais, indépendamment de cette implantation géographique planétaire, (que les multinationales axées sur la production de biens pratiquent, elles aussi, depuis fort longtemps) quelle est donc la spécificité de ces Entités Supranationales ? Abandonnant aux acteurs de l’Infrastructure Économique le soin de satisfaire les besoins matériels des hommes et s’appuyant sur le développement incessant des moyens de communication (Médias, Internet, téléphonie mobile), leur activité consiste à créer de la « matière grise » sous forme d’Intelligence Artificielle et d’Algorithmes afin de tirer leurs profits de la capture, du stockage, de la gestion et de la monétisation des idées, des images et des données que les internautes laissent, délibérément ou non, sur la Toile. Dans ce but, confortant la société de spectacle que les Médias contemporains ont façonnée, par le biais de leurs innombrables canaux, elles offrent à chaque individu l’opportunité de faire son « show » et d’exprimer à cette occasion son point de vue, quand bien même celui-ci s’avère partiel et partial, fondé sur des préjugés. Dès lors, dans un monde de paillettes et de faux-semblants où le nombrilisme est devenu une activité qui donne le sentiment d’être, ces Entités Supranationales ont permis à chacun, en lui octroyant la parole, d’exprimer sa subjectivité sans frein et sans filtre.

Ainsi, les Entités Supranationales, à donner aux citoyens l’opportunité de participer à la production des idées en apportant, comme arguments, la verbalisation fumeuse de leurs sautes d’humeur, génèrent et confortent un système social où l’unique préoccupation de ses membres est d’accéder à la notoriété et au vedettariat, prêts, pour ce faire, à proférer les propos les plus ineptes et les plus racoleurs. Force est donc de constater aujourd’hui que, portés par l’incroyable maillage des réseaux sociaux, les billets d’humeur des uns et des autres, diffusés instantanément et partout, ont pour effet de décrédibiliser les discours fondés sur la raison qui rendent compte du réel en s’appuyant sur des faits et non sur des ressentis.

À une époque où le point de vue avec ses affirmations s’avère, de fait, acquérir plus de poids que l’exposé raisonné avec ses questionnements, il s’ensuit que l’homme raisonneur qui produit et véhicule des informations fondés sur des constats se voit moins écouté que l’homme impulsif qui produit et véhicule des informations fondés sur des ressentis. Ce dernier, sûr de sa légitimité trouvé dans la fidélité de ses « followers » comme dans le nombre de ses « likes », se sent en droit de lui opposer dans le bruit, la fureur et la haine sa logorrhée quand bien même elle est sommaire et infondée.

De nos jours, les affirmations de nos croyances décrédibilisant les énoncés de notre raison, dans un environnement où la production d’idées, d’images et de données est devenue l’activité primordiale, dans un environnement où les hommes sont de plus en plus libérés des contraintes du travail, leur conscience disposant désormais de plus de temps libre pour s’interroger, une pluralité de questions se pose. Comment fait-elle face à ce flot vertigineux de messages irrationnels ? Quelle strate du cerveau, sollicite-t-elle pour les gérer ? Quel impact sur son fonctionnement peut avoir ce déferlement de partis pris ? Enfin, cette ère de la polémique sert-elle le devenir de nos sociétés ou, au contraire, le dessert-elle, sachant qu’elle puise sa légitimité et sa force dans l’affect ? Répondre à ces questions, c’est l’enjeu de nos sociétés modernes si l’on ne souhaite pas que l’aveuglement de nos « ego » ne nuise aux intérêts de l’humanité en tant qu’espèce.

Texte écrit par Philippe Parrot le 08 juin 2021

Graphisme société d

Schéma présentant les différentes structures de nos sociétés contemporaines

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