Résumé de Vénus a deux visages

Boris Zakowski, détective qui ne se soucie ni des convenances ni des lois, est chargé d’une enquête. Au cours de ses investigations, il manipule Nino Lanzani qui abandonne son emploi pour suivre un cirque : « Le Balbar Circus ». La rencontre avec Hannah, une saltimbanque qui présente un numéro de traversée de miroir, va bouleverser Nino. En lui faisant découvrir que le monde s’appréhende mieux avec le cœur qu’avec l’esprit, Hannah va redonner un sens à la vie de cet homme qui ne croit plus en grand-chose. Nino tombe amoureux de la magicienne et accepte de participer à son spectacle. Dès la première représentation, il fait la connaissance de Nelly, la gardienne d’un monde qui échappe à la réalité. Séduit par la jeune fille, Nino va se trouver confronté, au fil des rencontres, à l’expérience de l’amour dans sa dualité. Jusqu’au jour où, tiraillé entre ces deux femmes, d’ici et d’ailleurs, de chair et de rêve, il devra faire un choix, poussé par un événement imprévu : l’irruption d’un étranger dans la vie d’Hannah…

Autant dire que mon roman est réservé exclusivement aux doux dingues rêveurs !

Philippe Parrot

Pour lire dans son intégralité ce livre, illustré par Sandra Savajano, veuillez cliquer sur le lien suivant : « Vénus a deux visages ». Bonne lecture à vous !

EXTRAIT DU CHAPITRE « LE BAL »

« Nino sentait depuis quelques instants un courant d’air lui glacer le dos tandis qu’elle parlait. Il ferma les yeux et s’aban­donna à la danse pour échapper à ses paroles comme au fris­son. Mieux valait tout oublier et ne plus penser. Même s’il devinait qu’en experte de la séduction elle jouait avec adresse de sa féminité ! Il se laissait guider, emporté par la musique qui les enchantait, grisé par les tourbillons de la valse qui les soûlaient. Un sourire s’esquissait sur ses lèvres lorsqu’il sentit, au raidissement de sa compagne, le charme se rompre. Il tressaillit et ouvrit les yeux. Le visage de sa compagne était si pâle qu’il s’arrêta de peur de la voir s’évanouir. Elle qui le regardait un instant plus tôt avec effronterie fixait mainte­nant ses escarpins sans oser lui parler. Nino allait saisir son menton et la forcer à sourire quand une exclamation le saisit. Il se retourna.

L’homme à la faux lui faisait face, caché sous sa pèlerine qui l’enveloppait de la tête aux pieds. Il agitait en l’air sa lame et les éblouissait avec ses reflets. Les danseurs ne bou­geaient plus, hypnotisés par l’éclat du métal. Il brandissait de plus en plus haut son arme. Le drame était imminent quand il disparut en ponctuant sa retraite de ricanements. Le tintement de grelots venait de l’obliger à fuir.

C’était le Fou !

— Allez, les amoureux, un sourire ! Je vous le dis, la vie est tout à vous ! Quant à l’épouvantail, laissez-le donc pousser ses cris d’orfraie. Mieux ! Riez comme vous faisiez jadis quand vous étiez enfants s’il se pend encore à vos basques ! Alors, vous verrez ! Votre gaieté empêchera les machinations du vagabond. Opposez un chant de vie à ses oraisons fu­nèbres ! Opposez la pureté de votre cœur à la noirceur de son âme et adviendra l’incroyable ! Comble de la dérision, le faucheur sera mortifié.

Le bouffon s’animait, grisé par ses propos, et ébauchait peu à peu les mouvements d’une danse désopilante. La jubilation gagnait ses membres et un frisson parcourait son corps. Il balançait la tête et déclenchait un concert de clochettes, le visage illuminé par deux yeux qui ribouldin­guaient. Les grelots suspendus aux appendices de son bonnet hochaient et tintaient à chaque soubresaut. C’était un concert de sonorités discordantes mais elles n’incommodaient personne. Au contraire, le tintinnabulement ravissait l’auditoire puisqu’il signifiait la venue de félicités. Même les clo­chettes fixées à ses poulaines, à ses bracelets, à sa ceinture participaient à la fête. Le bouffon, sourire aux lèvres, levait tantôt une jambe, tantôt une autre; tantôt un bras, tantôt un autre, de manière à provoquer l’hilarité. Nino et la catin pouf­faient, conquis par la cocasserie du joyeux drille.

— Ah quand même ! Vous voilà enfin comme j’aime: HEU… REUX ! Et moi qui parle quand vous n’avez que faire de mes boniments. Au diable les élucubrations d’un guignol, pensez-vous ! Comme je vous comprends. Allez ! Profitez de la soirée. Moi, je vais porter ailleurs la bonne parole. Ah, encore un mot ! Cher élu, vous êtes-vous parfois demandé où se trouvait la vraie vie : chez vous ou chez nous ? Là d’où vous venez, mille obstacles se glissent entre vous et les choses. Comment trouver le bonheur dans ces conditions s’il faut en permanence batailler pour atteindre un but ? Votre existence est une caricature de la vraie, croyez-moi ! Vous ne pourrez jamais assouvir vos passions, faute de moyens et de temps. Votre esprit vous berne s’il prétend le contraire. Alors, écoutez-moi. On grandit là où il n’y a aucune médiation entre le désir et sa réalisation, aucune entrave entre l’objet et sa possession. Ce monde existe, c’est l’au-delà ! Vous êtes dans son antichambre: le Pays-des-Rêves ! Alors, profitez-en avec Madame… ou avec une autre. A bon entendeur, salut !

Il cria soudain à la cantonade :

— Attention, le Fou arrive !

Il tira sa révérence à Nino et s’élança en alternant roues et sauts périlleux, des figures qui époustouflaient le public. Les danseurs s’arrêtaient et ovationnaient leur mascotte pen­dant l’exhibition, s’écartant à l’instant de son passage. La liesse était indescriptible au milieu du tintamarre des clo­chettes, des applaudissements, des exclamations. Nino et sa compagne, ravis de reprendre le cours de leur aventure, le re­gardaient s’éloigner quand il disparut derrière des couples en­lacés sur la piste. La musique rappelait chacun à ses devoirs. L’heure était à la fête, à la danse, à l’amour. La catin se serra contre Nino qui rougit de voir, sous la pression de l’étreinte, deux seins s’épanouir hors du décolleté. »  

*       *       *       *      *

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